Bleu des lacs, vert des prairies, ocre du rocher, noir du ciel sous l'orage, blanc de la neige, rouge du soleil au couchant...

dimanche 12 mai 2013

Goulotte Quintana au Taillon

Samedi 11 mai, oui c'est bien la bonne date, je chausse les skis à la station des Espécières, chargée comme une mule. Mes trois acolytes, Christophe, Francesc et Jane ne font pas mieux, mais à pieds, avec tout de même une mention spéciale pour le catalan de l'équipe qui n'a pas peur de porter des boîtes de sardines !
Après une montée bien pénible jusqu'au replat sous le Gabiétou, vers 2350 m, on installe notre bivouac. Francesc et moi, la tente. Les deux autres, un trou de neige. Bon, finalement, seule Jane dormira dans ce trou, Christophe acceptant (sans trop se faire prier...) notre invitation à se joindre à nous. Et là, on peut le dire, on n'a pas eu froid dans la nuit !

Classique, le Casque derrière le col des Sarradets

Le Marboré entre deux langues de brume

Le Taillon et les Gabiétous, vus du col des Tentes

La face nord du Taillon, en bonnes conditions

Et Christophe creuse...

Le résultat : un joli trou

La brume s'invite à la soirée

Ambiance, le soir...

Dimanche, réveil à 4 heures, ça pique... La mer de nuages oscille et nous sommes à sa limite. On monte sous un ciel étoilé au-dessus des nuages, c'est beau ! La pente se raidit vite, ça monte efficacement vers notre goulotte. Comme d'habitude, on ne se mélange pas dans les cordées, les hommes d'un côté, les filles de l'autre (je crois que je ne vais plus m'encorder qu'avec des copines, tiens, bonne idée).
Super conditions dans la goulotte, neige béton, première longueur en glace bien fournie vraiment agréable à grimper et deux trois passages sympas dans le haut. Le rocher est bien pourri par endroits, mais il traîne quelques fissures pas trop délitées pour faire les relais (pas vu tous les pitons indiqués dans les topos).
Donc, de la bonne régalade. Jane a du apprécier sa première goulotte et Francesc est passé du stade de "nettoyeur catalan" (genre bûcheron que quand tu es derrière, non, en fait tu attends ton tour au relais avant de monter) à "futur dieu de la glace" (style, grâce, légèreté, force maîtrisée, etc... il a quand même essayé de me faire un oeil, mais avec un glaçon ridicule, donc : échec !)
On est descendu par le col des Gabiétous (pas question de se taper tout le tour) : c'est quand même assez raide.
Après ces très bons moments, nous avons rejoint le bivouac et le chargement qui allait avec. A ski, ça a été plus agréable moins pire, la descente, même si les cuisses ont bien fumé dans les quelques virages que j'ai réussi à caler.
Presque, on s'y habituerait à cet hiver à rallonge... Encore un peu ?

Les Gabiétous

Le glacier d'Ossoue

Belle mer de nuages

Le Gabiétou et le Vignemale au loin

Un catalan bientôt addict à la glace

La corniche de sortie ne rigole pas

Panorama classique sur Marboré, Cylindre et Mont Perdu

Les nuages se déchirent

La Géla et la dent du Gerbats

Canyons encore enneigés

Le pic du Midi

Descente sous le col des Gabiétous

La première longueur de la Quintana

Et pour finir, les trois goulottes de la face ouest du Taillon

En résumé (infos valables dans les conditions rencontrées) :
Taillon (3144) : goulotte Quintana
Départ : station des Espécières (1850)
Bivouac sous les Gabiétous (2350 environ)
Dénivelée : 1300m en tout
Difficulté : D, 250m
Matériel utilisé : corde à double, 5 broches, un jeu de friends, quelques pitons en cas
Topo : un vieux numéro de Cordée, ou bien l'introuvable Mousel
Ou là aussi, mais pas très précis : http://www.camptocamp.org/routes/57339/fr/taillon-goulotte-quintana


dimanche 5 mai 2013

Néouvielle et Turon, encore du bon ski

Cette saison de ski n'en finit pas... et tant mieux quand c'est comme le we dernier.
Partis avec Laurent samedi skis aux pieds de chez Louisette, (à 1500, un 4 mai...), on monte à la Hourquette de Mounicot avant de rejoindre le refuge de la Glère. Vue l'heure tardive de départ, vers les 11h, la neige n'est pas top, de plus en plus lourde au fur et à mesure qu'on descend, mais nous laisse faire quelques virages pas trop pourris, c'est déjà ça de pris !

Début d'après-midi : soleil + neige = ça chauffe sévèrement (voir ma tête aujourd'hui, du grand art...)

Mourèle, Espade et Néouvielle

A la hourquette de Mounicot, la crête de la Mourelle

La hourquette de Mounicot et la Mourelle

Le Néouvielle, objectif du lendemain

Dimanche matin, on part avec pour plan A (pour Ambitieux), l'idée d'enchaîner Néouvielle et Turon, manière de remplir un peu la journée. Au pire, on fera le plan B (pour "Boudu, j'ai pas de jambes, je vais me contenter d'un seul sommet" et non pas pour But, ça, c'est rayé de mon vocabulaire).
Premier obstacle, le mur sous la brèche, raide et bien dur. Des conversions comme ça de bon matin, ça réveille un peu. On continue au plus haut sous la brèche puis on met les crampons pour finir à pieds. Passage au soleil derrière et on remonte vers le sommet en faisant la trace, et plus on monte, plus ça promet pour la descente. Après un court passage entre rocher et neige bien profonde, on est là-haut. Panorama à deviner, dommage... un pauvre nuage a décidé de squatter pile poil ici, pile poil à ce moment là.
La descente : de la balle sous le sommet, de la neige fraîche comme on en attendait plus et surtout, le plaisir de tracer cette pente que j'ai plus souvent vue labourée de toute part que vierge. Dessous, c'est le fond dur avec un léger saupoudrage, bien agréable jusqu'au pied de la brèche.

Le mont Arrouy au réveil


Montée vers le Néouvielle



Le refuge de la Glère, tout en bas


Arrivée à la brèche

Le pic du Midi un peu voilé

L'Arbizon en noir et blanc

Deux traces sous le sommet, et deux skieurs bien contents !

On remonte à la brèche, on redescend puis on traverse pour retrouver l'itinéraire du Turon. Il fait un gros détour et ça commence à nous paraître long, ce plan A avec ces croupes interminables. Finalement, on se retrouve au sommet du Turon, qui, à défaut de nous offrir sa plus belle vue, nous laisse au moins pique-niquer tranquillement.
La descente est moins démente, avec une zone bien croûtée (mais tournable, même par moi) en haut, puis de la moquette plutôt sympa avant que tout ça ne s'alourdisse progressivement jusqu'au niveau du refuge.
Dessous, je n'appellerais plus ça du ski. C'est freestyle et mou. Avec des boules aussi par endroits, c'est sympa, ça secoue les jambes.
Retour skis aux pieds au Lienz, après quelques courts déchaussages et portages. Une bonne journée !

La brèche de Chausenque

Remontée vers le Turon : on a connu plus raide comme ambiance

Belles corniches entre Turon et Trois Conseillers, et un plafond qui stagne

En résumé (infos valables dans les conditions rencontrées) :
Pic du Néouvielle (3091) et Turon de Néouvielle (3035)
Départ : plateau du Lienz (Chez Louisette, 1500m)
Nuit au refuge de la Glère (2150)
Dénivelée : 1500 m pour les deux sommets
Difficulté : 
- Néouvielle : pente à 35° dans le mur sous la brèche, pente à 40/45° pour atteindre la brèche, un pas de II pour rejoindre le sommet
- Turon : pentes débonnaires, larges croupes
Matériel utilisé : couteaux, crampons et piolet
Topo : "Ski de randonnée dans les Hautes-Pyrénées, vol 1" (Frédéric Cabot)
Ou aussi là :
http://www.camptocamp.org/routes/51629/fr/pic-du-neouvielle-par-la-breche-de-chausenque-depuis-la-glere
http://www.camptocamp.org/routes/47407/fr/turon-du-neouvielle-par-la-glere-et-les-lacs-de-maniportet

lundi 29 avril 2013

Dry touffing à la crête de Coos

La sortie qu'il aurait mieux valu ne pas faire...
Départ peu après le port de Castet vers 960 m, la route étant barrée par un tronc d'arbre. Pour l'instant, il fait encore à peu près beau. Dès 1100 m, la neige est continue sur la route. Ambiance hivernale, on a du mal à se croire un 29 avril...
Après les cabanes d'Estacac, on brasse, il est tombé entre 20 et 30 cm de neige à 1500 m. Plus on s'approche de la face, plus les nuages arrivent, moins on y voit, plus il y a de neige, moins on avance vite. A l'attaque du "Cool petit couloir", on est dans le brouillard. C'est là qu'on aurait raisonnablement du renoncer. Mais voilà, j'avais déjà pris un but mémorable mercredi et le ressort psychologique a joué à plein : on devrait toujours se méfier de soi-même.
J'attaque le premier ressaut : 3 mètres assez raides dans les touffes d'herbes. Suit une pente de neige où la fraîche est toujours aussi profonde, alors que j'espérais mieux. Un petit bloc coincé m'oblige plus haut à déblayer un peu et passe facilement.
Je cherche de quoi relayer et j'arrive au niveau d'un gros trou et d'un pont de neige assez surprenant en plein dans l'axe du couloir. J'oblique à droite et j'atteins deux bonnes fissures après un passage en mottes d'herbes où je suis obligée de dégager à la main les touffes de mes crampons... Technique très novatrice que j'espère ne pas remettre en oeuvre avant longtemps ! Je fais un relais béton sur 3 friends, c'est dire si je me sens en confiance dans cet endroit ! C'est là que la pente de neige au-dessus se purge, la coulée dévale le couloir, heureusement que Nico est à l'abri au pied et que mon relais est bien décalé sur la droite.
Je me demande ce que je fous là...
Nico me rejoint et je continue vers le haut dans des pentes à droite, pas très sereine. Crochetages de rhodos, ancrages dans les touffes pas du tout regelées, prises de genévriers... après cette longueur d'au moins 60 m absolument passionnante techniquement, j'atteins la crête !
On est là-haut. Maintenant, il faut descendre. On a une carte au 50000 et on ne connaît pas l'itinéraire de descente. On est surtout dans le brouillard. On rejoint le col de Lallene à l'aide de la boussole et de l'alti, on brasse, puis on suit la crête jusqu'à un col coté 1693 m (passage de la VN d'été, balisage rouge et jaune sur le rocher). De là, on descend un court couloir, on longe plus ou moins les parois calcaires, on descend jusqu'à un arbre isolé à 1550 m, puis on part à flanc pour rejoindre une croupe sur la droite. Un petit enjambement de barrière en barbelé et les cabanes d'Estacac apparaissent au loin.
On rejoint la route, bien soulagés.
Bref, petite montagne, grosse journée. Et des erreurs à ne jamais refaire...

Vue d'ensemble de la crête de Coos : on la voit encore

Le "Cool petit couloir" à gauche, le couloir "Rigolo" à droite

A l'approche du couloir

Le premier ressaut à l'allure débonnaire : toujours se méfier de l'herbe en montagne...

Notre topo !

En résumé :
Crête de Coos (1800) : "Cool petit couloir"
Départ : Route après le port de Castet (960)
Difficulté : AD+, 150m
Topo : http://www.camptocamp.org/routes/424157/fr/crete-de-coos-cool-petit-couloir


mercredi 24 avril 2013

Deux couloirs à Porté Puymorens

Journée initiation aux couloirs de neige à Porté Puymorens.
Approche rapide à skis de la station désertée.

Le pic de la Mine

Pic des Baillettes et pic de l'Orry de la Vignole

La face est du Nérassol

On pose les skis au pied du pic de l'Estanyol et on fait un premier couloir débouchant à une brèche qui propose un court passage de mixte dans la plus pure tradition ariégeoise, c'est à dire en dry-touffing.
On est descendu en 4 rappels.

Le couloir de l'Estanyol


De la brèche, vue sur les couloirs du Font Freda

Après cette courte mise en bouche, nous avons rejoint le pied de la face du Font Freda (neige toujours pas revenue, couteaux utiles) et nous avons remonté le couloir en S, skis sur le sac, avec une petite variante pas forcément voulue. Nous avons pris à gauche une branche secondaire plus raide (60°) qui nous a mené sur une sorte d'arête peu définie, puis nous avons rejoint le fond du couloir plus loin par une traversée mixte mais facile.

Le pic de Fonfreda et son couloir en S à gauche

Pour descendre du sommet, nous avons été voir le grand couloir orienté ouest : un tas de caillasse. Par une traversée vers le nord dans des pentes bien croulantes mais sans problème, nous avons retrouvé  la neige et un autre large couloir assez raide qui nous a permis de skier jusqu'en bas. Il doit y avoir moyen de skier cette pente depuis le sommet, mais il est difficile de voir ce qu'il y a en dessous depuis le plateau sommital. Court déchaussage puis bonne descente jusqu'à la station sur une neige un peu molle vue l'heure, mais très agréable quand même.

Les deux petits couloirs du jour

Vue sur la coume d'En Garcia

En résumé (infos valables dans les conditions rencontrées) :
Départ : station de Porté Puymorens (1850)
- Pic de l'Estanyol (2586) : couloir NO de la brèche
Difficulté : AD, 150m (pentes de neige à 45/50°, passage de III+)
Matériel utilisé : relais équipés sur spits, un spit dans le passage de mixte (quelques coinceurs utiles pour compléter éventuellement)
- Pic de Font Freda (2738) : face NO, couloir en S
Difficulté : PD+, 300m (pentes de neige à 45/50°, 60° pour la variante)